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7. Quelques polaroids

Quatre semaines d’Iran, c’est ce qui m’attend. Quatre semaines d’hôtel.

Cette fois ci ma chambre ne donne pas sur la montagne. C’est dommage pour la vue mais cool pour mes nuits. La vue sur la montagne se paie du concert de Chamran (prononcer Chamron’), une autoroute urbaine sur laquelle le trafic ne se calme, un peu, qu’après minuit. J’ai donc vue sur Téhéran. C’est moins bucolique, quoique de ce coté-ci on assiste au lever et au coucher du soleil. Cela offre parfois un ciel étonnant, mélange de jaune et de rose qui colorent les nuages de l’hiver, comme pour nous jouer un tableau de Turner en forme de spectacle vivant. Cela permet aussi d’avoir une vision très concrète de la pollution à Téhéran, qui dessine un dôme gris rose au dessus de la ville. Et la pollution, j’y ai gouté plus que de raison dès mon arrivée. En effet, les pluies diluviennes qui s’abattent sur Téhéran ont entraîné des bouchons gigantesques. Deux fois de suite deux heures trente pour rentrer du boulot. Deux heures trente à respirer des gaz d’échappement. Alors à chaque fois, dès mon arrivée à l’hôtel, avec la gorge comme transpercée de mille aiguilles et les yeux larmoyants, je me suis précipité au hammam pour m’y adonner à mon rituel de dépollution. 

 

Jeudi. Je suis en Iran depuis 2 jours et pour une fois j’ai pu quitter le boulot de bonne heure. J’en profite pour faire un tour au Palladium. Le Palladium c’est un centre commercial à la mode occidentale. Ouvert récemment, il a la réputation d’être l’un des plus beaux de Téhéran. Cela ne devrait pas durer, car ouvrir des centres commerciaux semblant être une activité qui a le vent en poupe dans cette ville, il s’en trouvera bien un autre plus beau, plus grand, un de ces jours. 

Première surprise, j’y découvre un TATI qui occupe crânement le dernier étage du centre commercial. Oui TATI, cette enseigne parisienne qui a fait sa réputation sur le «pas cher», jusqu’à en faire son image de Marque. Surprenant de trouver cette enseigne au logo rose dans ce mall principalement consacré au luxe et au haut de gamme. 

Deuxième surprise, l’énorme mezzanine qui accueille la restauration rapide. Au moins 300 m2 de tables entourées d’une dizaine d’enseignes différentes qui offrent tout l’éventail du pire au pire. Seul un fast food japonais et un autre consacré aux salades permettent d’échapper (un peu) à la junk food. 

Avant de ressortir du mall, je ferai une longue pause devant le sapin de Noël géant qui orne le gigantesque hall d’entrée. Oui un sapin de Noël, au pays des mollahs ! Un sapin avec tous ses accessoires, les boules, les guirlandes lumineuses, les faux cadeaux et même son père Noël pour les photos. C’est ce dernier qui me retient, malgré mon aversion naturelle pour cette débauche de clinquant et de gâchis. Son costume est si parfait, sa barbe si longue et blanche, qu’il n’aurait pas déparé dans les grands magasins Parisiens. En revanche il joue ici une partition un peu spéciale. Alors que chez nous les Père Noël sont bien connus pour leur appétit boulimique de photos avec un enfant sur leurs genoux, ici c’est sur les adultes qu’il jette son dévolu. Je prendrai beaucoup de plaisir à regarder ces couples ou ces petits groupes d’amis se tasser autour de l’homme en rouge pour une photo souvenir. Une façon détournée de manifester leur opposition au régime ou plus tristement le signe qu’aucun pays ne peut résister à la folie consumériste de Noël ?

 

Vendredi.  J’ai passé ma journée en compagnie de Siamak (prononcer Siomak) un Iranien rencontré dans l’avion lors d’un Paris Téhéran. Grand, cheveux longs, petites lunettes à la John Lennon, je n’imaginais pas que le type assis à coté de moi pouvait être Iranien. Nous n’avions pas échangé un mot jusqu’à ce que, le voyant demander un troisième whisky je me risque à dire : « Better enjoy it now, you won’t have much once arrived !». « For sure » m’a-t-il répondu. Nous n’avons ensuite cessé de discuter pendant les trois heures de voyage restantes. Emigré au Canada, il rentrait 6 mois en Iran pour soutenir sa mère suite au décès de son père. Nous nous étions quittés avec nos numéros de téléphones respectifs.  

Je peux confirmer, pour l’avoir maintenant expérimenté personnellement, que les Iraniens ont un sens de l’hospitalité hors du commun. SMS envoyé à 10h du matin pour dire «je suis là », rendez-vous à 12h30 au musée. Il me sera impossible de payer mon entrée.

 Je savais que Siamak avait fait des études d’architecture. Je ne savais pas qu’il avait aussi, et peut être en conséquence, une culture archéologique impressionnante. Ainsi j’aurai le plaisir de faire la visite du musée Archéologique de Téhéran avec un guide pour moi tout seul ! Pour les amateurs d’antiquités, ce musée est incontournable. On y trouve des bijoux liliputiens aussi bien que des jarres monumentales, des bas reliefs de Persepolis, ou la momie « naturelle » d’un pauvre homme mort dans une mine de sel. On y découvre que l’homme de Néanderthal n’est pas resté confiné en Europe et a colonisé l’Iran. On s’émerveille devant des chefs d’œuvre datant de 3000 à 4000 ans avant Jésus Christ, qui sont d’une finesse et d’une modernité telles que certaines œuvres sculptées de Picasso et consorts font figures de pâles plagiats.

Après le musée, Siamak me fera découvrir la galerie d’arts Iranian Artists Forum. Une galerie d’art contemporain, principalement orientée sur les arts graphiques. J’en ressortirai un peu ébranlé par la diversité des styles et des sujets de ces œuvres. Certaines revisitent avec talent les canons de l’art persan, d’autres semblent interpeller avec finesse les diktats du régime. Pour terminer cet après midi à la fois culturel et détendu je l’invite à manger une pâtisserie à la terrasse d’un coffee shop. Je tiens à l’inviter après avoir échoué à payer mon entrée au musée. Mais il me faudra faire preuve d’une insistance lourdingue pour y parvenir. Nous nous quittons en nous promettant de nous revoir.

Samedi 31 décembre 2016. Avec Jean Pierre, notre spécialiste logistique, nous nous sommes retrouvés à la fin de notre journée de travail sans l’avoir vue passer. C’est un peu habituel, mais réaliser que nous n’avions même pas essayé de nous trouver un plan pour fêter l’année nouvelle, ça nous a un peu secoué. Il faut dire que, seuls français présents au boulot à cette période, nous sommes mis à rude épreuve par nos collègues Iraniens. Chaque journée ressemble à une longue apnée. Nous sommes submergés par les sollicitations qui se succèdent comme les vagues qui, métronomiquement, noient la plage à marée montante . Résultat on est crevés, et demain on bosse encore. Alors on est allés dîner comme deux petits vieux à 19 heures, et après on s’est retirés dans nos chambres pour faire dodo ! Le truc sympa, c’est qu’à minuit nous n’avons pas été embêtés par les pétards et autres concerts de klaxons !

 

Dimanche 1er janvier 2017.

   Si de n'avoir pas participé à la rituelle agitation autour du passage à la nouvelle année ne m'a pas trop affecté, l'idée d'être exclus de l'échange compulsif des voeux me pince le coeur. Non que l'exercice en lui même me semble vital, tout cadenassé qu'il est dans ses formules usées par la répétition. Mais ici , loin des miens, je réalise que parfois même les exercices les plus superficiels peuvent faire du bien. Alors je poste mes voeux sur ma page face book. Et jem'applique. Car face book n'est pas que le tuyau par lequel j'envoie quelques nouvelles. C'est aussi une conduite qui me donne de l'air , qui me souffle la douceur et le rêve quand je sombre. 

 

A ceux qui suivent mes péripéties, à ceux qui m'envoient régulièrement des mots sympas et chaleureux, à ceux qui publient sur face book des images qui me font voyager encore plus, à ceux qui font suivre des publications qui me font rire ou m'élèvent, à tous finalement, et surtout à chacun, je souhaite une excellente année 2017. Qu'elle soit joyeuse, enlevée, tournée vers l'avenir et clémente pour tous ceux qui vous sont chers. Bises au hommes et respectueuse inclinaison du buste aux femmes (je suis en Iran tout de même !)

 

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Commentaires: 3
  • #1

    IsaM (dimanche, 09 décembre 2018 11:14)

    Encore quelques petites coquilles :
    au LEVER du soleil
    Whiskey ou whisky ? (je ne sais pas, je n'en bois pas, par contre je sais très bien écrire rhum ou champagne)
    l'homme de Néanderthal ... a (sans accent) colonisé
    coffe shop ou coffee shop ???
    l'exerciCe en lui même
    tout Cadenassé...

  • #2

    Bénédicte Fournier (mardi, 11 décembre 2018 19:12)

    Bravo Pascal ! C'est vrai que les rencontres sont spontanées, inattendues et généreuses.
    C'est un peu drôle de nous souhaiter une bonne année 2017 ... On a l'impression que tu as un train de retard :)

  • #3

    Oniric (mercredi, 12 décembre 2018 02:11)

    Je laisse chambrer plusieurs jours avant de lire. Chacun son truc!!!
    Pascal, j'espére que tu es conscient de rendre plusieurs personnes addicts. Une drogue que tu distilles heureusement par petite dose
    Je n'ai pas compris pourquoi tu mettais le paragraphe du dimanche en italique
    Bon Noël 2018